Et le jour

Le téléphone vibrait depuis déjà plusieurs longues secondes mais il ne l’entendait pas. La petite coque en plastique venait taper rageusement contre le bois de la commode, et menaçait de plus en plus de tomber dans le vide. 4 appels manqués.

Il avait disparu sous l’eau presque brulante qui se déversait inlassablement. Il remit du shampoing sur ses cheveux noirs, l’odeur de vanille s’accentua et de la mousse glissait le long de son dos. Il murmurait, il chantait même, mais ses paroles ressemblaient presque à des incantations, perdues sous le bruit incessant de l’eau qui s’écrasait sur l’acrylique blanc, au sol. Il avait disparu. Elancé sous ces trombes d’eau, son corps devenait rouge mais cette sensation lui faisait du bien. Il aurait voulu d’un geste, glisser à l’intérieur du temps pour n’y laisser aucune trace de sa présence, se couler entièrement dans l’instant et dans l’eau chaude qui fuit. Il augmenta le débit pour ne plus pouvoir du tout distinguer les autres de l’appartement. La vapeur continuait d’habiter la pièce.

Depuis ce matin, c’est comme si on lui avait agrippé la poitrine, sans la lâcher. Sa respiration empêchée, comme en arrière-plan, à la fois pénible et absente. Surtout, résonne dans sa tête le tambour assourdissant de son cœur. « Je suis fatigué », murmura-t-il. La trame de ses rêves de la nuit continuait à le balloter dans ses mains gluantes et une tristesse immense semblait, par vagues, l’envahir. Les contours de ses sens qui se brisent, et la fébrilité qui rentrent dans les fissures. Il coupa l’eau et ouvrit la fenêtre.

Un mince courant d’air frais parcouru la pièce. Et la buée commença à disparaître. Il glissa la tête dehors. A quelques mètres, en face, l’immeuble d’en face, dont certaines fenêtres étaient condamnées le regardait de sa grisaille. Le ciel infiniment bleu perlait en arrière-plan. C’était le matin. Bientôt 9 heures, je crois.

Il n’avait presque pas dormi. En regardant le ciel, il sentait comme son esprit était lent, à tâtonner parmi les heures, comme lesté de son propre poids.

Au moins, sa migraine était partie.

Au moins, il était là.

Il s’engagea dans le minuscule couloir de son appartement et prit son téléphone. Les notifications défilaient sous ses yeux, ainsi que les appels en absence. Son soupir vint lui faire frémir les lèvres et la main agrippée sur sa poitrine resserra son étreinte. Il envoya un message à son père et à T., pour leur dire que tout allait bien, qu’il avait beaucoup de travail mais qu’il les appelait ce week-end. Ce n’était pas tout à fait vrai, mais pas franchement faux. Il souffla encore en s’affalant sur son canapé en velours.

Et comme il était tôt, et comme l’horizon des murs se ramassait encore sur lui, il se terra doucement sur le plaid rouge qui était posé là. Il se murmura des paroles de réconfort et alors qu’enfin sa respiration se calma, l’étreinte sur son torse se fit, peu à peu, plus douce.

Et comme la nuit toujours était plus blanche, c’est dans la fragile quiétude du matin

qu’il s’endormit.

***

Camp Nano Wrimo jour 5

Photographie d’Isabelle Bertolini

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