Retours

Le soleil est venu me réchauffer le cœur, le soleil a tendu son corps tout au creux de ma fenêtre pour y déposer sa chaleur, sa lumière. Le ciel bleu réfléchit les contrastes comme pour mieux y habiller la vie, pour mieux se glisser chez nous. Je regarde les immeubles, légèrement appuyée sur la rambarde, pour tenter d’y surprendre une trace de vie. Les fenêtres sont fermées. A certains étages, en face, les rideaux semblent clos depuis le début. Mais qu’en sais-je, moi qui ne suis là que depuis quelques jours ? Revenue de l’autre bout du monde.

J’ai été surprise au réveil par un sursaut de rêves, et la main ferme d’une angoisse lancinante. La trappe qui se soulève doucement, et la pesanteur du lit. Et puis, j’ai attendu qu’elle s’en aille et j’ai luminé de profonds moments de joie. C’est le printemps dans ma tête ; une nouvelle manifestation de cette sensation d’avoir du temps volé, ou plutôt, du temps retrouvé. Les journées gorgées de minutes entières, les horizons sans emploi du temps, je n’ai rien à faire. Alors, je papillonne.

Lundi, j’avais la gorge nouée et cet impression d’hébétement. Perdue face à ce temps qui est soudain là, cette incertitude sur la possibilité de reprendre le travail qui me perturbe. J’ai senti m’assaillir des injonctions de productivité, des doutes et des angoisses ; j’aurais voulu avoir l’énergie de savoir quoi faire. Aujourd’hui est une journée douce, où chaque activité laisse place à l’autre, dans une forme d’inconséquence qui se sied au monde bouleversé. Je recherche l’apaisement et la sensation de faire. Aujourd’hui le temps s’étend sous les rayons du jour ; et mon esprit vagabonde comme un fol espoir.

Je suis seule dans l’appartement, cela faisait longtemps que je n’avais pas été aussi longtemps seule, toute une journée. Cela m’a fait du bien. D’une certaine manière, j’ai plus conscience de moi-même. Je me suis mise en confinement du monde et des actualités, pour respirer un peu.

J’ai passé une partie de la journée dans les retours de notre voyage, à trier les friandises, à les répartir. J’ai décoré des enveloppes pour en faire des paquets pour mes amies. J’aurais envie de pouvoir me dire que je les verrai bientôt. Je rapporte rarement quelque chose de mes voyages et là, le lit était recouvert de paquets et de couleurs. Là-bas, j’aurais voulu tout goûter. Et puis, c’était comme si je voulais prolonger la possibilité de retrouver cette saveur salé-là, celle de la sauce soja et du miso, le fameux umami. Cet après-midi, j’ai pris l’un des sachets de thé que nous avions reçu dans un restaurant de soba. Je reviens peu à peu. Hier, lorsque je regardais les photos des cerisiers sur internet, j’ai eu soudain la sensation d’un manque, une forme d’amertume puissante, comme si je devais revenir. Pourtant, les images n’étaient pas des paysages vus, pourtant de ce pays je ne connais rien, pourtant j’en reviens. Quelques secondes de cœur serré, d’un coup. Le Japon m’a paru très familier, en fait. Je ne saurais dire exactement à quoi est due l’illusion.

Le jour décline doucement et la lumière se réverbère dorée à l’aube des toits.

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Camp Nano Wrimo jour 1 – mercredi 1er avril

Photographie : Kyoto, 25 mars 2020

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