Écrire ici

Je commence par la fin pour réécrire le début.

Il faut commencer par remettre au moment ce qui lui appartient et en cela s’éloigner du vertige. Car commencer un nouveau blog, pour moi, porte en soi un vertige. Écrire et publier sur internet fait partie d’une routine régulière de ma vie. J’ai eu des blogs et des pages ouvertes à compter en dizaine ; et puis j’ai eu un blog, que je tiens – il est difficile pour moi de dire « j’ai tenu » – depuis plus de 10 ans, créé le 22 septembre 2006.

Ce blog a profondément évolué au fur et à mesure des années – comment en aurait-il pu être autrement ? Le rythme de publication est inégal. Certaines années, j’écrivais près d’une dizaine d’articles par mois et puis, parfois, presque plus rien. J’y ai écrit de mille manières, depuis une forme de mise en scène ritualisée héritée des blogs de collégiennes pour progressivement glisser vers le journal intime puis vers l journal d’écritures. Un lieu où essayer la poésie, un lieu où mettre en mots l’amour, la dépression, la rage. Au fil du temps, le blog est devenu intime, dans le paradoxe d’une page noyée et donc cachée dans l’immensité de l’internet pourtant public ; un endroit perdu dans la multiplicité des lieux.

Car partager cette page devenait à chaque pas plus engageant ; chaque article portant en lui le lien vers des années et des années d’écriture. J’ai souvent hésité, et parfois je l’ai fait partiellement, à mettre tous les anciens articles hors ligne ; mais je comprenais alors que j’étais toujours face à la fragilité chaleureuse d’un journal et que cela, faisait désormais partie de mon blog. Alors, mes ami.e.s qui connaissaient le lien l’ont peu à peu oublié, ou nous nous sommes perdu.e.s de vue. La plateforme d’hébergement est tombée en friche, au point que souvent j’ai peur de perdre tout du jour au lendemain. J’ai tout sauvegardé ; je compte même l’imprimer à l’occasion. Mon petit journal de bord à la dérive.

Je profite du confinement, je profite du temps de ces vacances imposées, de la symbolique d’un début de mois et d’un défi d’écriture, pour me lancer. Prendre un petit radeau pour accoster sur une autre île, reprendre depuis le début et puis, écrire ailleurs.

Écrire ailleurs, c’est poser à nouveau pour moi la question de la publicité. Après toutes ces années, je n’ai pas trouvé de réponse tout à fait satisfaisante, entre la tranquillité confortable d’un endroit sur lequel on ne pourrait tomber que par hasard et la richesse immense de ces discussions multipliées. J’ai eu les deux formats, j’ai aimé les deux, avec leurs limites.

Écrire ailleurs c’est se confronter au « pourquoi écrire ? » avec ce qu’il peut porter de jugement de soi sur soi et de vanité. Sur cela, mon chemin est plus avancé, car je sais ce que je voudrais emporter de mon île virtuelle dans celle-ci : c’est la bienveillance lentement construite, toujours fragile, envers moi-même et mes mots ; garder intacte la volonté régulière d’écrire, même si c’est une phrase, même si c’est trois vers. Ce que je voudrais continuer, c’est de déconstruire encore le jugement sur soi, et les autres, détricoter la prétention quand elle voudrait être la performance, pour juste : écrire.

Écrire ailleurs mais en venant de là-bas, c’est pouvoir dire que ma démarche sera par essence parcellaire, irrégulière, dans la gratuité de l’imprévu ; pas de ligne éditoriale, ni de sujet « à traiter ». Je pense que je continuerai essentiellement des écrits personnels mais comme « je » est politique et que je monde bouillonne, je ne m’interdis rien. Je m’autorise tout.

Et alors, on verra.

Car écrire ailleurs, j’ai décidé que cela sera écrire ici.

***

Camp Nano Wrimo jour 2

2 Replies to “Écrire ici”

  1. J’ai suivi le lien permettant de franchir le seuil de l’ancien au nouveau, nouvelle lectrice et déjà une envie de suivre tes mots ou ils vont…

    1. Merci beaucoup Kellya pour cela, alors, ça me touche 🙂

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