Confinée

Le brouillon des nuits m’emmêle mais mes rêves replongent toujours en profondeur. La nuit aussi, est en suspens. Je cherche le sommeil comme rarement, il ne vient pas. Mentalement, je visualise un appartement qui nous plaisait et je le meuble, et on l’habite. Mentalement, je refais le compte des vexations de la journée, il y en avait beaucoup hier. Puis, je sens la main de G. sur mon dos qui a entendu ma respiration se précipiter et qui vient me calmer.

Nous tournons entre les couettes plus longtemps que d’habitude. Parfois, nos discussions recommencent alors, au creux de la nuit. Et le matin est si lourd. Le flux des images se disperse rapidement, je voudrais en attraper les miettes, mais j’ai tant sommeil, tant sommeil.

Le matin a changé de couleur. D’une certaine manière, je l’habite plus qu’avant. Les réunions quotidiennes et ritualisées du début de journée s’enchaînent, se dire qu’on est là ou se donner les informations pour la journée, selon les équipes. Parfois, c’est même avant, dans des agendas qui s’entassent et dont on pousse les limites. J’ai l’impression que tout est toujours plus tôt, tant mon corps se décale, attiré par la nuit. Je sens le temps se détendre et mes journées prendre un nouveau profil, c’est comme un nouveau quotidien qui naît.

Je suis sur une île, dont les fils sont sélectifs. J’ai coupé les informations à ce qui me paraissait un minimum. Je voudrais que le travail s’éloigne plus encore, je voudrais des fois qu’il disparaisse, juste pour me laisser encore plus de temps, tout reprendre, ne rien laisser.

Chaque journée se découvre à elle-même. Internet m’accompagne toujours autant, il serait compliqué de dire « plus ».  Et puis, nous plongeons dans des films et des jeux-vidéos et le monde alors n’est que le reflet des toits et du ciel que nous pouvons distinguer, quand les rideaux ne sont pas tirés. Parfois, je ne voudrais n’entendre plus aucun son du dehors pour avoir l’impression de pouvoir peindre entièrement mon environnement, pour y créer, y crier et y jouir. Parfois, la présence discrète des voisins et des gens me réconforte profondément et je voudrais pouvoir les rencontrer.

Je m’habitue.

Je tâtonne, comme tout le monde, je cherche l’équilibre. Je me construis des cadres que j’apprends à défaire, mais je m’habitue. Je ne manque pas de joies et sur plein de plans, il y a une forme de tranquillité qui m’apaise.

C’est « l’après » me fait peur car on en peut accepter qu’il sera si lointain, ou bien qu’il sera profondément progressif – et potentiellement très déceptif. La date symbolique, on voudrait s’y raccrocher mais alors qu’elle s’approche cela paraît absurde. On voudrait croire qu’elle signifiera une liberté retrouvée du corps. Elle ne signifiera sûrement que de nouvelles injonctions à aller travailler. Et puis, le monde sera toujours aussi dur à changer.

Quand nous reverrons-nous ?

C’est si dur de se manquer.

2 Replies to “Confinée”

  1. J’ai bien peur en effet que la libération n’en soit pas une. J’imagine qu’on n’est pas si nombreux à vouloir se libérer d’ailleurs ; c’est fou le nombre de gens qui appréhendent de devoir retrouver leurs habitudes « sociales ». Et puis la progression, quelle sera-t-elle ? Une fois les écoles ré-ouvertes, même si les enfants n’y iront pas tous, la machine se remettra en branle et malgré la crise sanitaire on sera en grande partie replongés dans le bouillon du quotidien. Je suis pessimiste sûrement, mais j’ai du mal à imaginer comment le monde pourrait changer…
    Au début du confinement je me disais, comme beaucoup, que ça ouvrirait les yeux des gens, qu’ils comprendraient qu’il faut s’orienter vers un autre mode de consommation etc. mais quand on voit les bassesses de certains, les délations, les entraves à la sécurité générale concernant la propagation du virus, les queues infinies sur les routes pour aller bouffer au drive de MacDo. En fait j’y crois plus du tout…
    Bref, sur cet optimisme débordant, je te souhaite une belle journée <3

    1. Ahaha, je partage ton pessimisme sur le fond…

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